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Dieu peut accomplir sa parole autrement que nous l'avions prévu

13 août
7 min de lecture

Il nous arrive d'attendre de Dieu quelque chose qui ne vient pas comme nous l'avions imaginé. Nous pensions avoir compris comment les choses devaient se passer, parce que nous avions prié, parce qu'une parole biblique nous semblait claire, parfois simplement parce que la suite nous paraissait logique. Et non seulement ce que nous attendions ne vient pas, mais une autre détresse, que nous n'avions même pas envisagée, arrive à sa place.

C'est peut-être une des formes les plus difficiles de l'épreuve. Il ne s'agit plus seulement d'attendre. Il faut aussi supporter le décalage entre ce que nous croyions avoir compris de Dieu et ce que nous sommes réellement en train de vivre.

Jean-Baptiste a connu cela, à sa façon.

Il est en prison lorsqu'il apprend ce que Jésus fait. Matthieu précise même qu'il a entendu parler des « œuvres du Christ ». Pourtant, ce qu'il apprend ne semble pas correspondre à ce qu'il avait annoncé de celui qui devait venir. Alors il envoie ses disciples lui poser cette question :

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » — Matthieu 11.3

Jean n'est pas un spectateur hésitant qui découvrirait Jésus de loin. Il l'a reconnu. Il l'a annoncé. Il a préparé sa venue. Il a parlé de lui comme de celui qui était plus puissant que lui. Dans l'Évangile de Jean, c'est encore lui qui le désigne par ces mots : « Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »

Et maintenant, depuis sa prison, il demande s'il ne faudrait pas finalement en attendre un autre.

Ce que nous avions compris, ce que Dieu fait

Jean-Baptiste avait commencé sa prédication par cette annonce :

« Convertissez-vous, car le royaume des cieux est proche. » — Matthieu 3.2

Et ce royaume proche avait, dans sa proclamation, quelque chose d'imminent :

« Déjà la hache est mise à la racine des arbres ; tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera donc coupé et jeté au feu. » — Matthieu 3.10

Il avait aussi parlé du blé recueilli et de la paille brûlée. Celui qui venait après lui devait mettre les choses au clair.

Mais quelque temps plus tard, Hérode est toujours sur son trône, il a fait emprisonner Jean-Baptiste qui, lui, croupit derrière les barreaux.

Ce qu'il apprend de Jésus est tout autre : des malades guéris, des vies relevées, des pauvres auxquels la bonne nouvelle est annoncée. Il entend parler des œuvres du Messie, mais leur forme ne ressemble pas à ce qu'il avait envisagé comme imminent.

Pourtant, Jean n'avait pas inventé l'attente du jugement. Les prophètes avaient eux-mêmes annoncé une venue de Dieu qui sauverait et jugerait. Dans la même prophétie où Dieu vient avec sa rétribution, les yeux des aveugles s'ouvrent, les oreilles des sourds entendent et le boiteux bondit (Ésaïe 35.4-6).

Jean avait donc dit vrai. Mais il ne voyait pas encore comment tout cela allait se déployer.

Il connaissait la destination, pas le détail des étapes.

Et certaines paroles qu'il avait lui-même prononcées portaient probablement une profondeur dont il ne mesurait pas encore tout l'accomplissement. Lorsqu'il désigne Jésus comme « l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », il dit quelque chose qui conduira jusqu'à la croix. Il ne possédait simplement pas, ce jour-là, toute la carte de ce qui allait arriver.

C'est une situation qui nous ressemble davantage que nous ne le pensons.

Nous pouvons avoir reçu quelque chose de juste de la Parole de Dieu et avoir construit autour de cette vérité une suite qui, elle, ne nous a jamais été promise. Nous avons parfois tellement lié la parole à notre manière de l'imaginer que nous finissons par ne plus distinguer ce que Dieu a réellement dit de ce que nous avons ajouté pour rendre son accomplissement compréhensible.

Alors, lorsque le scénario s'effondre, nous avons l'impression que c'est la parole elle-même qui s'effondre.

Dieu peut accomplir exactement sa parole tout en faisant mourir le scénario que nous avions construit autour d'elle.

Une réponse qui ne sort pas Jean de prison

Jésus répond par ce qui est en train d'arriver :

« Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » — Matthieu 11.4-5

En somme : regarde bien ce qui est en train de se passer.

Ce que Jésus fait ne correspond peut-être pas au déroulement que Jean attendait, mais ses œuvres attestent bien qu'il est celui qui devait venir. Les signes sont là, devant lui, dans la forme même que les Écritures avaient annoncée.

Mais cette réponse est adressée à un prisonnier.

Il reçoit les signes de l'action de Dieu tout en demeurant lui-même dans une détresse dont Jésus ne le délivrera pas.

Le contraste suffit en lui-même. Celui qui apprend les œuvres de délivrance du Messie ne sortira pas de sa prison.

C'est aussi ce qui rend ce passage si éloigné d'une foi simpliste.

La fidélité de Dieu ne signifie pas que chacun de ceux qui la contemplent recevra, dans l'immédiat, la délivrance qu'il espère — ou du moins pas dans la forme espérée. Les œuvres de Jésus sont vraies. Elles attestent réellement la venue du Royaume. Et Jean souffre réellement.

Ce que Dieu nous a dit peut être meilleur que ce que nous en avons compris, mais le chemin de son accomplissement peut être beaucoup plus douloureux que celui que nous avions imaginé.

Maîtriser nos expressions devant le Seigneur

Jean exprime son désarroi. Il ne joue pas à l'homme de Dieu imperturbable. Sa question est suffisamment grave pour que nous ne cherchions pas à la rendre plus pieuse qu'elle ne l'est.

Mais il y a aussi quelque chose dans la manière dont il la pose.

Il aurait pu tirer lui-même sa conclusion. Il aurait pu décider que les faits avaient

parlé : ce Jésus ne correspond pas à ce qu'il avait annoncé, donc il s'était trompé. Il aurait pu laisser son incompréhension devenir un verdict.

Il ne le fait pas.

Il envoie sa question à Jésus.

Il nous arrive d'être assaillis par l'impatience et le découragement. Dans ces moments-là, maîtriser nos expressions devant le Seigneur est parfois une nécessité très concrète.

Cela n'oblige pas à rendre notre prière propre et présentable. Les prophètes n'ont pas prié ainsi. Habakuk demande à Dieu combien de temps il devra encore crier, les psaumes disent l'abandon, l'injustice, la colère et parfois l'incompréhension avec une liberté qui dérangerait certaines de nos réunions de prière.

La plainte biblique existe pleinement.

Mais toutes les paroles que produit notre détresse ne nous conduisent pas forcément au même endroit. Il y a une différence entre dire à Dieu ce que nous traversons et laisser notre souffrance produire, phrase après phrase, une interprétation définitive de Dieu.

Maîtriser nos expressions devant le Seigneur, ce peut être cela : laisser nos émotions exister, les dire même avec force, mais ne pas abandonner notre parole à l'impatience ou au découragement comme s'ils étaient devenus les seuls interprètes de ce que Dieu fait.

Jean porte donc son incompréhension à Jésus sans faire de son incompréhension un verdict sur Jésus.

Il pose encore une question là où il aurait pu prononcer une conclusion.

Parfois, la foi tient déjà dans cette différence.

« Heureux celui pour qui je ne représenterai pas un obstacle »

Après avoir énuméré ses œuvres, Jésus ajoute :

« Heureux celui pour qui je ne représenterai pas un obstacle ! » — Matthieu 11.6

La réponse va directement au besoin de Jean : tenir dans la foi.

Le danger est que ce décalage entre ce qu'il attendait et ce que Jésus fait finisse par lui faire perdre confiance en Jésus. Que la manière d'agir du Messie devienne elle-même la raison de ne plus croire qu'il est le Messie.

C'est peut-être là que la foi est éprouvée au plus profond : continuer de lui faire confiance lorsqu'il agit réellement et que son action ne correspond pas à notre compréhension de ce qu'il devrait faire.

Par les œuvres qu'il lui fait rapporter, Jésus rassure Jean : oui, ce qu'il entend est bien l'œuvre du Messie. Les signes annoncés sont là. Puis il le conduit jusqu'à cette frontière où il faut accepter de ne plus tout maîtriser — et supporter une humiliation qui, aux yeux des hommes, semble définitive.

Quelques versets plus loin, lorsque les disciples de Jean sont repartis, Jésus parle de lui à la foule. Et il ne le rabaisse pas. Il ne fait pas de cet instant de désarroi le bilan de toute sa vie spirituelle. Au contraire, il rend à Jean un hommage exceptionnel.

Le trouble de Jean est réel. Le risque de perdre confiance l'est aussi. Mais une crise dans la compréhension de ce que Dieu fait n'efface pas tout ce que Dieu a déjà formé dans un homme.

La foi selon Jésus ne rend pas nécessairement les mystères de Dieu accessibles à notre compréhension. Elle consiste parfois à tenir précisément lorsqu'on ne parvient plus à faire entrer ce que l'on vit dans ce que l'on croyait avoir compris.

Quand la foi ne contrôle plus le scénario

Cela contredit une certaine représentation de la foi toute-puissante.

Une foi qui connaîtrait le code de la carte bancaire de Dieu et pourrait l'utiliser à volonté.

Avec suffisamment de foi, la bonne déclaration, le bon principe, la bonne manière de prier, voire le nom du bon démon à chasser, nous finirions par obtenir ce que Dieu aurait mis à notre disposition.

Le trouble de Jean-Baptiste ne présente pas la foi ainsi.

Jean a cru. Jean a obéi. Jean a annoncé. Et Jean ne contrôle rien de la suite.

Jésus ne lui donne pas le moyen de reprendre la main sur les événements. Il ne lui communique pas la formule qui fera tomber les murs de sa prison. Il lui montre que Dieu est bien à l'œuvre, le rassure sur l'identité de celui qu'il avait annoncé, puis l'appelle à tenir alors que la manière dont cette œuvre se déroule continue de lui échapper.

Il y a des moments où croire ne consiste donc pas à obtenir que les choses arrivent comme nous les avions comprises.

Croire consiste à demeurer devant Dieu lorsque nos prévisions sont démenties, lorsque le calendrier nous échappe, lorsque la détresse qui arrive n'était pas prévue et lorsque même une promesse juste semble ne plus ressembler à ce que nous pensions qu'elle produirait.

Nous pouvons alors revenir à ce que Dieu a réellement dit et laisser mourir ce que nous avions ajouté ou simplement compris à notre façon.

Certains scénarios étaient devenus notre manière de supporter l'attente. Leur disparition peut faire mal.


Jean, lui, n'aura pas toutes les réponses avant de mourir. Mais il reçoit ce dont il a besoin à cet instant : assez pour reconnaître, dans ce qu'on lui rapporte, celui qui devait venir, et une parole pour tenir.

« Heureux celui pour qui je ne représenterai pas un obstacle. »

Il arrive que la fidélité de Dieu nous surprenne jusque dans sa manière d'être fidèle.

La foi commence peut-être alors par ne pas confondre la mort du scénario avec l'échec de Dieu.


 
 
 

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