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Marie : la foi quand la Loi ne peut plus protéger

  • 17 mars
  • 3 min de lecture

Le premier acte du salut dans l'Évangile de Luc est un acte que la Loi ne peut pas couvrir.

Et c'est une femme qui va l'assumer seule. Une femme à qui on a appris à respecter la Loi. Et à qui on demande d'aller là où la Loi ne peut plus la protéger.

Un saut sans filet, où seule la foi peut la rattraper.



Luc ne romantise pas la scène. Il la pose dans toute sa brutalité juridique et sociale.

L'enjeu dans son immédiateté est décisif pour Marie. Dieu lui demande d'entrer dans une situation objectivement condamnable selon la Loi, sans protection préalable, sans médiation institutionnelle, sans explication publique immédiate.


Dans le judaïsme du Ier siècle, les fiançailles ne sont pas une simple promesse romantique : elles engagent juridiquement, la femme est déjà considérée comme appartenant à l'homme, toute relation sexuelle extérieure est assimilée à adultère (Deutéronome 22.23–24).

L'adultère était puni de mort par lapidation — même si cette pratique était plus rare à l'époque romaine, le statut d'infamie, la répudiation publique, la ruine sociale, elles, sont certaines.

Marie sait ces choses.


Un choix voulu


Dieu fait un choix voulu, il aurait pu attendre le mariage pour éviter toute ambiguïté morale et préserver la conformité juridique. Mais il ne le fait pas.

À la place, le salut commence par un acte que la Loi ne peut qu'accuser, qui ne peut s'expliquer que par la confiance en Dieu.


Dieu n’a pas choisi une femme exceptionnellement pieuse mais une femme qui a la capacité de recevoir une parole qui dérange l’ordre établi.

La réponse de Marie est vertigineuse quand on en réalise les enjeux pour elle : 

« Qu’il me soit fait selon ta parole. »



Ce n’est pas une belle formule spirituelle. C’est une exposition radicale.

Elle accepte d’être jugée par la Loi, en croyant qu’elle sera justifiée par Dieu.

 

 Zacharie et Marie : un lien incisif


Et c’est dans ce contexte que le lien que nous retrouvons dans le même chapitre entre Zacharie et Marie devient incisif.

Zacharie choisi, pour être le père de Jean-Baptiste, un homme de Loi, religieux, un homme du Temple … parle trop vite. Il veut sécuriser, vérifier, cadrer l’action de Dieu.


Dieu va faire quelque chose de très symbolique : il suspend une parole religieuse qui expliquerait avant de laisser advenir. Il oppose le silence à une réponse de justification. Zacharie restera muet jusqu’à l’accomplissement de la promesse.

Il ne s’agit pas d’une punition morale.

C’est une mise en crise de la parole fonctionnelle.

Le salut ne passera pas par la Loi.


Le parallèle s’établit comme une évidence, là où Zacharie veut comprendre avant de risquer, Marie risque avant de comprendre.


Rappelons pour maintenir l’équilibre que le savoir n’est pas rejeté par Luc, au contraire il l’affirme clairement dès le prologue.

Il commence par des faits tangibles : enquête, ordre, transmission fiable.

La foi commence par là. Sans cela, elle devient mystique floue ou idéologique.

Mais toute la richesse de ce premier chapitre est là : le savoir ne peut pas porter le poids du salut. Car le salut implique toujours un moment où : le cadre ne suffit plus, où la Loi accuse et l’ordre établi vacille.

 

Marie : une foi incarnée


Marie n’est donc pas placée au début de l’évangile comme une figure à admirer, mais comme une ligne de fracture. Elle devient le premier lieu narratif où s’incarne une foi instruite, fidèle à la Loi, mais prête à ne plus s’y abriter.


Avec elle, Luc montre dès l’ouverture que le salut ne surgira pas dans un espace juridiquement sécurisé, ni dans une foi protégée par ses cadres.

Il surgira là où la fidélité à Dieu oblige à ne plus pouvoir se couvrir de la Loi.


Marie ne comprend pas tout, elle ne maîtrise rien, mais elle accepte que la promesse de Dieu l’expose avant de la protéger.

C’est peut-être cela, la foi telle qu’elle est présentée dans l’Evangile de Luc n’est pas juste une foi qui sait, mais une foi qui consent à avancer sans autre garantie que la fidélité de Dieu lui-même.


Et si Luc commence ainsi son évangile, ce n'est pas pour nous dire ce que Marie a cru, mais pour nous poser une question que chacun doit traverser seul : à quoi ressemble ma foi quand elle ne peut plus se couvrir de rien ?

 
 
 

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