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Les contes de fées n'existent pas. Et c'est une bonne nouvelle !

  • 19 avr.
  • 5 min de lecture

Couple, désynchronisation et amour réel — ce que le Cantique des cantiques dit vraiment

 

Anne vit une idylle presque parfaite avec Jean, il envisage sérieusement le mariage. Mais ce matin elle n'est pas d'humeur. Elle s'est réveillée avec des doutes. Ce qui s'est passé hier soir l'a vraiment contrariée. Elle avait besoin de lui — elle avait appris une mauvaise nouvelle — mais il a banalisé. Il a réglé le problème en deux phrases et il est passé à autre chose. Il est absorbé en ce moment par un projet professionnel et il avait hâte de s'y remettre. Il ne l'a pas fait passer en priorité, lui qui d'habitude est si prévenant et présent.

Est-ce qu'elle s'est trompée sur son compte ?


Anne se sent blessée. Elle n'a pas envie de lui répondre ce matin. Il a déjà envoyé trois SMS — ça lui fera du bien d'attendre un peu.

Jean, lui, n'a pas vraiment compris ce qui s'est passé. Il n'avait pas mesuré l'importance de ce qu'elle lui racontait. Son silence ce matin le déconcerte. Il n'a pas fait exprès. Il n'a juste pas vu.

Un exemple banal. Les circonstances auraient pu être différentes, les motifs aussi. Mais il est facile de s'y reconnaître.

Ce n'est pas le conte de fées rêvé — et pourtant l'amour est là.

 

Une relation, même profonde, ne fonctionne pas comme un conte de fées.


Et pourtant, en lisant le Cantique des cantiques, on pourrait croire entrer dans une histoire parfaite. La belle Sulamite et son berger semblent vivre un amour qui fait rêver. Ils n'ont d'yeux que l'un pour l'autre. Ils se cherchent, se désirent, se parlent avec une tendresse rare.

Une attirance qui n'est pas seulement physique — elle est affective, intérieure, presque spirituelle.

Une relation où l'on se sent choisi, regardé, désiré, attendu.

Mais la Bible ne nous donne pas cette histoire pour nous vendre un idéal irréel.

Elle ne raconte pas un conte de fées. Elle raconte une histoire d'amour ancrée dans la vraie vie.

Et la vraie vie contient aussi ses décalages, ses malentendus, ses moments où l'on se manque sans le vouloir.


Cantique 5 commence justement là. Pas dans l'idéal, mais ancrée dans le réel.

Un rendez-vous manqué. Un moment où l'un est prêt et l'autre pas. Un instant qui passe et ne revient pas. Et soudain l'histoire parfaite devient une histoire humaine.


C'est peut-être là une des grandes beautés de ce livre : Dieu ne nous montre pas seulement ce qu'est un bel amour. Il nous montre comment un amour réel traverse aussi ses ratés.

 

 

Cantique 5 : quand l'amour se manque


L’exemple est saisissant de realisme.

Il frappe à sa porte en pleine nuit.

"Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite." (Cantique des cantiques 5.2)


Les mots sont tendres, l'élan est réel. Il est là, il veut la voir, il l'appelle avec tout ce qu'il a.

Elle, elle est déjà couchée. Elle a ôté sa robe, elle s'est lavé les pieds. Se relever maintenant — c'est compliqué. C'est inconfortable. Pas ce soir.

Elle hésite. Elle tarde.

Et lui repart.

Quand elle se décide enfin à ouvrir, ses mains cherchent la poignée dans le noir — mais il n'est plus là. L'espace qu'il occupait est vide. Il reste juste une trace de myrrhe sur le verrou.

Elle sort. Elle le cherche dans les rues, dans les places. Elle appelle. Personne ne répond.

"Je l'ai cherché et je ne l'ai pas trouvé." (Cantique des cantiques 5.6)


Ce qui est frappant dans cette scène c'est qu'il n'y a ni méchant ni victime. Il n'y a pas une faute évidente d'un côté et une innocence absolue de l'autre. Il y a simplement deux personnes qui ne sont pas au même endroit au même moment. L'un est dans l'élan, l'autre dans la fatigue. L'un frappe, l'autre hésite. Et le temps fait le reste.

C'est ce qu'on pourrait appeler une désynchronisation.

 

La désynchronisation : ce moment banal qui blesse plus qu'on ne le croit



La désynchronisation dans un couple c'est ce moment où deux personnes qui s'aiment ne sont tout simplement pas disponibles au même moment — émotionnellement, physiquement, intérieurement.

Ce n'est pas une trahison, ni même forcément un manque d'amour. On pourrait parler simplement d'un mauvais timing.

Mais ce mauvais timing peut faire très mal.


Parce que quand on aime quelqu'un, on attend — souvent inconsciemment — que cet amour soit réciproque au même moment, avec la même intensité, dans la même direction. Et quand ce n'est pas le cas, quelque chose se fissure. Pas forcément la relation. Mais l'image qu'on s'en faisait.


La Sulamite n'a pas rejeté son berger par indifférence. Elle était fatiguée. C'est humain. Mais sa fatigue, ce soir-là, a eu un coût qu'elle n'avait pas anticipé.

Et c'est souvent comme ça que ça se passe.


On ne rate pas les grandes choses dans un couple. On rate les petits moments.

Les soirs où l'on n'a pas ouvert la porte. Les matins où l'on n'a pas répondu au SMS. Les instants où l'autre avait besoin et où l'on était ailleurs — pas par mauvaise volonté, juste par décalage.

Ce que la psychologie des couples appelle la fenêtre d'opportunité émotionnelle — ce moment précis où l'autre s'ouvre, où il tend quelque chose — est souvent étroite. Quand on la rate, l'autre ne retend pas toujours la main immédiatement. Parfois il repart. Comme le berger.

 

Ce que Dieu dit à travers ce raté


Ce qui est remarquable c'est que Dieu a choisi de mettre cette scène dans sa Parole. Il aurait pu nous donner uniquement les beaux moments — les déclarations, les retrouvailles, les élans. Il a choisi de garder aussi le raté.


Ce n'est pas un accident littéraire. C'est de la lucidité, pour éviter les illusions émotionnelles.

Dieu ne présente pas l'amour humain comme une expérience continue de synchronisation parfaite. Il le présente comme une réalité traversée de décalages — et il montre que ces décalages ne sont pas nécessairement la fin de l'histoire.


La Sulamite regrette. Elle cherche. Elle ne reste pas dans son lit en se disant que c'était sa faute à lui d'être venu trop tard. Elle sort, elle assume le coût de son hésitation, elle va chercher ce qu'elle a laissé partir.

C'est peut-être là le mouvement spirituel le plus important de ce chapitre : non pas éviter la désynchronisation — elle est inévitable — mais savoir quoi faire quand elle arrive.


Ne pas minimiser ce qui s'est passé. Ne pas sur-dramatiser non plus. Mais ne pas rester immobile.

 

La Sulamite ne reste pas dans son lit


Ne pas rester immobile c'est d'abord reconnaître ce qui s'est passé sans en faire un procès. Un décalage n'est pas une preuve que l'amour était faux. C'est une invitation à se connaître un peu mieux — soi et l'autre.


Proverbes 27.17 dit que le fer aiguise le fer. C'est une image rude mais juste. Nous nous aiguisons mutuellement. Pas seulement dans les beaux moments — surtout dans les décalages, les malentendus, les portes qu'on n'a pas ouvertes à temps.

Un couple qui traverse ses désynchronisations sans les nier et sans en faire des drames ne repart jamais de zéro. Il repart avec un peu plus de connaissance de l'autre.

Un peu plus de lucidité sur lui-même. C'est moins romantique qu'un conte de fées. Mais c'est infiniment plus vivant.





Un conte de fées est figé dans son happy end. Une vraie relation, elle, grandit.

Et quelque part, c'est peut-être aussi ce que Dieu fait avec nous. Il ne nous présente pas une relation figée et parfaite. Il nous invite dans une histoire qui grandit. Même quand on n'a pas ouvert la porte à temps.

 
 
 

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